Keynote Speaker : Segment « Climat, Système Alimentaire et Impératif d’Investissement »
Chers partenaires du Système des Nations Unies,
Je vous remercie de l’honneur que vous faites à la Commission Climat pour la Région du Sahel en m’invitant comme Keynote Speaker à ce segment « Climat, système alimentaire et impératif d’investissement ».
Ce thème n’est pas un intitulé de session. C’est l’équation de survie du Sahel, et elle se lit en trois lignes indissociables.
Climat : car sans adaptation, il n’y a pas de vie. Il n’y a que de la survie.
Système alimentaire : car sans transformation des chaînes de valeur, il n’y a ni revenu, ni emploi, ni souveraineté.
Impératif d’investissement : car sans capital mobilisé à l’échelle des défis, il n’y a ni solution durable, ni paix.
Votre invitation nous convoque donc à l’essentiel : sortir de la fragmentation pour bâtir des plateformes d’investissement crédibles, ancrées dans le leadership de nos États, et capables de mobiliser ce capital à l’échelle. C’est ce cap qui guide mon propos.
Permettez-moi de rappeler d’abord le mandat sous lequel je m’exprime. La Commission Climat pour la Région du Sahel est l’instrument stratégique de la coopération régionale, de l’agenda climatique et de la promotion du développement durable de ses 17 pays membres, sous l’égide de l’Union Africaine.
Pour exercer cette mission de coordination et de promotion des actions de résilience climatique et de développement durable, la CCRS s’appuie sur des cadres de concertation permanents avec les organisations sous-régionales : le CILSS, l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte, les organismes de bassins que sont l’Autorité du Bassin du Niger, la Commission du Bassin du Lac Tchad, l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal, l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Gambie, l’Autorité du Bassin de la Volta.
Chaque année, la CCRS organise des rencontres régionales mobilisant ces organisations sur des thématiques structurantes : renforcement des capacités, mobilisation des ressources, partage des connaissances, et mise en cohérence de l’agenda des projets.
Dans le cadre de sa mission, la CCRS a également établi des cadres de coopération structurants avec des partenaires multilatéraux et bilatéraux. Avec les agences onusiennes, notamment le PAM, l’UNICEF, la FAO et le PNUD. Avec les institutions financières régionales, notamment la BAD et la BOAD.
Au niveau bilatéral, la CCRS capitalise une coopération dynamique avec les Coopérations de l’Allemagne, de la Belgique et de la Suisse.
Que tous ces partenaires reçoivent ici l’expression de notre profonde gratitude pour leur engagement constant en faveur du Sahel.
Des cadres de concertation avec les organisations non étatiques, la société civile et les ONG existent aussi, tant au niveau régional que national.
Voilà ce que nous appelons la subsidiarité stratégique et opérationnelle qui rassure et rassemble : la CCRS ne demande pas la primauté dans l’exercice de ce mandat. Elle offre d’être l’instrument fédérateur des acteurs de l’agenda de la résilience climatique au Sahel.
Son Plan d’Investissement Climat pour la Région Sahel, le PI-CRS, dont est issue l’Initiative 4X5, est la déclinaison sahélienne de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine.
Dans le cadre de sa mise en œuvre, trois projets structurants sont présentement en cours, touchant au total 9 de nos pays membres, en relation étroite avec des organisations partenaires techniques et financières.
Cette nouvelle Initiative 4X5, issue du PIC-RS, vise à amplifier cette dynamique en apportant l’armature systémique qui manquait.
Quatre projets structurants cohérents ont été identifiés, dans une approche d’indépendance dans la mise en œuvre, pour un montant à mobiliser de 1,05 milliard de dollars sur 5 ans.
C’est la réponse systémique pour résolument pallier le défi climatique et ses corollaires, en prenant ensemble et de façon synchronisée les doses et les mesures qu’il faut.
Les Contributions Déterminées au niveau National de nos pays membres sont les déclinaisons nationales du PI-CRS. L’ensemble s’inscrit dans l’Accord de Paris et l’Agenda 2030. Dès lors, vous en conviendrez avec moi, nous sommes liés par une exigence commune : la cohérence.
La cohérence n’est pas une option technique. C’est une obligation politique envers nos générations futures.
Pour répondre à l’impératif d’investissement que pose ce segment, nous avons conduit une analyse croisée de l’Initiative 4X5 avec les Programmes Phares Systèmes Alimentaires SNU Niger-Burkina.
Car c’est en croisant les plateformes existantes que l’on passe du thème à l’action.
Que révèle cette analyse ?
D’abord, une complémentarité d’approche.
Les Programmes Phares sont des plateformes souveraines d’investissement, pilotées par les gouvernements. Au Niger, le Programme de Refondation vise la restauration des écosystèmes, l’irrigation et les chaînes de valeur. Au Burkina, le Programme Phare s’inscrit dans le Plan Relance (2026-2030).
L’Initiative 4X5, quant à elle, pourrait être l’armature systémique qui relie ces plateformes : énergie productive, écosystèmes, résilience urbaine, autosuffisance en riz. Pour qu’ensemble, ils passent de projets fragmentés à un portefeuille intégré.
Ensuite, une complémentarité financière.
Les Programmes Phares mobilisent déjà du capital catalytique : Fonds Commun des ODD, FIDA, système ONU pour 30 à 50 millions de dollars. Mais l’écart d’échelle reste à combler.
L’Initiative 4X5 a été conçue pour capter les mécanismes innovants : Fonds Vert pour le Climat, Fonds Pertes et Dommages, FEM, marché carbone, obligations vertes.
Le consolidé permet de séquencer le financement : L’ONU et Le FIDA pour amorcer et réduire le risque. La Banque Mondiale et La BAD pour passer à l’échelle. Les Mécanismes innovants pour assurer la durabilité.
Cependant, il ressort de cette analyse trois éléments principaux de différence d’approche de ces programmes avec l’Initiative 4X5.
D’abord, l’impératif de la cohérence politique de bassin.
Les Programmes Phares couvrent aujourd’hui le Niger et le Burkina Faso. Tandis que l’Initiative 4X5 considère d’emblée les trois pays du Sahel central comme une seule zone pilote.
Les chocs climatiques ne connaissent pas de frontières. L’insécurité alimentaire non plus. Notre action commune ne doit pas en avoir. Cette démarche épouse la vision d’intégration de l’Alliance des États du Sahel.
Puis, l’angle mort urbain.
Les Programmes Phares se concentrent sur la production rurale, tandis que l’Initiative 4X5 intègre la résilience des infrastructures urbaines, là où les chocs frappent en premier et où se concentre la croissance démographique à 4,43% au Niger par exemple.
Enfin, l’impératif sécuritaire qui s’impose à tous.
Aucun portefeuille ne tient si les communautés sont exposées. Au Sahel central, la cohérence exige d’intégrer la dimension sécuritaire : préserver la cohésion sociale, sécuriser les bassins de production, protéger les populations.
L’Initiative 4X5 intègre cette réalité. L’énergie solaire sécurise les périmètres irrigués. La résilience urbaine stabilise les villes de repli.
Le nexus climat-sécurité n’est donc pas un concept. C’est la condition de la bancabilité.
Sans paix, il n’y a ni subsistance ni stabilité. Sans subsistance ni stabilité, il n’y a pas de paix.
Au-delà de ces complémentarités et de ces différences, cette analyse fait émerger une évidence : la consolidation est possible, et ses impacts sont mesurables.
Avec votre accord, je vous fais suivre par projection le tableau de synthèse du portefeuille consolidé.
Mesdames et Messieurs, ce tableau ne parle pas de chiffres. Il parle de justice.
Nos pays n’ont pas la responsabilité historique du dérèglement climatique d’origine anthropique. Encourager ces pays de continuer à s’endetter auprès des institutions financières multilatérales pour financer leur résilience nous paraît, humainement, injuste. C’est transformer la victime en débiteur.
La justice climatique commande de valoriser d’abord les mécanismes innovants multilatéraux. Elle commande d’explorer les mécanismes endogènes. Elle commande enfin que l’endettement soit le dernier recours, non le premier réflexe.
Alors, que devons-nous faire ?
Il nous faudra d’abord faire respecter la loi climatique de nos États. Au-delà des cadres nationaux, le Programme de Refondation du Niger, le Plan Relance (2026-2030) du Burkina Faso, les Programmes Phares doivent épouser pleinement les CDN des pays.
Car les CDN sont la signature de chaque État devant le monde. Sachant qu’une signature engage, elle s’honore.
En tant qu’artisans du multilatéralisme, il nous revient de le rappeler. Ce multilatéralisme que nous avons bâti il y a 80 ans n’est pas un musée. C’est une arme. Une arme pour un vivre-ensemble harmonieux. Une arme que nous devons dégainer, ensemble, face aux tempêtes géostratégiques qui voudraient l’émousser.
Je rends ici un hommage appuyé au Secrétaire Général de l’ONU, Son Excellence Monsieur António Guterres, qui achève son mandat. Son engagement pour la justice climatique a été constant. Je reprends ses mots :
« Nous sommes la première génération à ressentir l’impact du changement climatique et la dernière qui puisse y faire quelque chose. »
Préserver le multilatéralisme n’est donc pas de la nostalgie. C’est un acte de résistance. C’est un acte de foi tant pour l’Afrique que pour l’humanité entière.
Ensuite, après le devoir du respect des lois climatiques de nos Etats, nous devons traduire tout plan d’action dans le langage de l’Agenda 2063. Car il n’y a pas de Sahel résilient sans une Afrique intégrée et prospère.
Et enfin nous devons unir nos efforts. La CCRS et les organismes du Système des Nations Unies doivent ainsi travailler ensemble pour apporter une réponse systémique à la persistance des défis, et cela, à la grande satisfaction des États et des communautés.
Unir nos efforts, non pas par fusion des cadres mais plutôt par leur fécondation. Non pas par substitution mais par complémentarité.
En faisant des projets de l’Initiative 4X5 les bras armés climat des Programmes Phares, en promouvant un narratif cohérent et unifié pour leur mise en œuvre.
Dès lors, Mesdames et Messieurs, notre rendez-vous de Dakar n’est pas un rendez-vous de plus. Il est le choix historique que l’Histoire attend de nous.
Cette histoire ne retiendra pas qui a piloté tel projet, telle initiative, elle retiendra si, le 13 mai 2026 à Dakar, nous avons eu le courage de dire ensemble :
“Quatre mois de soudure deviendront désormais au Sahel un mois. Un mois, pas plus, peut-être même moins. Et nous le ferons ensemble.”
Dans une approche holistique et de subsidiarité, sans dette comme premier réflexe et sans solution qui crève l’abcès au lieu de cicatriser la plaie.
Une nouvelle approche qui vise des réponses d’ensemble, intégrées, cohérentes, souveraines, adéquatement synchronisées dans la durée, pour qu’enfin la persistance de cet état quasi endémique de soif, de faim, de précarité existentielle soit irréversiblement renversée au Sahel.
Dans cette dynamique, à titre personnel et au nom de la Commission Climat pour la Région du Sahel, je me tiens à votre entière disposition, Chers partenaires, pour nous engager ensemble.
Car c’est de la qualité de notre collaboration que naîtront les perspectives que nos peuples attendent.
Le 13 mai 2026 à Dakar doit être le jour où pour le Sahel les instruments multilatéraux et régionaux de la diplomatie climatique et du développement durable font le choix de la synergie et de l’échelle.
Le jour où nous avons choisi la trajectoire des réponses systémiques.
Je vous remercie.