Atelier Régional sur le Financement de la mise en œuvre des CDN des pays membres de la CCRS: Allocution du Secrétaire Exécutif de la CCRS

Monsieur le Ministre de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement,

Messieurs les Membres du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP),

Messieurs les Membres du Gouvernement,

Distingués invités, représentants des institutions de la République du Niger,

Distingués représentants du corps diplomatique et des Partenaires Techniques et Financiers,

Chers experts des pays membres de la CCRS,

Il me revient, en ma qualité de Secrétaire Exécutif de la Commission Climat pour la Région du Sahel (CCRS), l’honneur de joindre ma voix à celle de Monsieur le Gouverneur de la Région de Niamey, pour souhaiter aux experts de nos pays membres la plus chaleureuse des bienvenues sur cette terre sahélienne du Niger, pays-siège de notre institution intergouvernementale.

Votre présence massive aujourd’hui témoigne de notre destin commun et de l’ancrage résolu de nos États autour de l’agenda de notre Commission, désormais reconnue comme l’instrument pivot de l’action climatique au Sahel. Cette mobilisation traduit également la volonté politique sans faille des plus hautes autorités du Niger, qui ne ménagent aucun effort pour consolider la coopération régionale.

Qu’il me soit permis de rendre un hommage profondément déférent à Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane TIANI, Président de la République, Chef de l’État du Niger, ainsi qu’à l’ensemble des membres du CNSP et du Gouvernement. Votre leadership, votre quête de souveraineté et votre dévouement pour la résilience du Sahel constituent le socle sur lequel doit se bâtir une action climatique endogène et durable.

Mesdames, Messieurs,

Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est parce que le Sahel est parvenu à un véritable moment de vérité, où la poésie des promesses internationales doit céder la place à la rigueur de l’action.

Après dix années de mise en œuvre de l’Accord de Paris, le constat est sans appel. Le premier cycle de nos Contributions Déterminées au niveau National (CDN) a révélé les limites de nos anciens modèles : des ambitions fortes face à des ressources dramatiquement insuffisantes, des stratégies fragmentées là où le climat impose une solidarité géographique, des mécanismes internationaux de financement inadaptés à l’urgence du terrain.

Pendant que l’on disserte, le Sahel subit. Selon le dernier rapport du GIEC (AR6, 2023), le Sahel se réchauffe à un rythme 1,5 fois plus rapide que la moyenne mondiale. Nos terres se dégradent, nos femmes et nos filles parcourent des distances toujours plus longues pour trouver de l’eau, nos économies sont prises en otage par les sécheresses et les inondations. Et pourtant, selon le PNUE, l’Afrique subsaharienne ne contribue qu’à moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre — c’est notre peuple qui paie le tribut le plus lourd.

Monsieur le Ministre,

Face à cette adversité, le Sahel a déjà démontré sa capacité de résilience. Des solutions endogènes émergent et portent leurs fruits dans nos champs, nos villages, nos politiques publiques. C’est forts de cette conviction que les gouvernements de nos pays membres ont pris, au sein de la CCRS, une décision historique : rompre avec la logique de l’isolement.

Les nouvelles CDN, dont nos pays s’attellent à la mise en œuvre pour les cinq prochaines années, ne sont plus de simples catalogues de projets. Elles constituent l’armature de notre Pacte de Résilience Collective — un pacte sacré, qui engage notre responsabilité envers les générations futures.

Ce pacte nous impose trois impératifs.

Le premier est celui de la territorialisation de nos ambitions. Le climat ne connaît pas de frontières administratives — une sécheresse au Niger est une onde de choc pour toute la sous-région. Nos CDN doivent parler un langage commun et harmonisé.

Le deuxième est celui de l’alignement avec notre souveraineté économique et sanitaire. L’adaptation n’est pas une option environnementale ; elle est la condition de notre sécurité alimentaire, hydrique et sociale — et elle répond aussi aux urgences sanitaires de nos communautés, notamment de nos femmes et de nos enfants.

Le troisième, enfin, est celui du financement et de la diplomatie climatique offensive. Selon la Banque Africaine de Développement, le coût de l’inaction au Sahel dépassera 100 milliards de dollars d’ici 2030. Nous ne pouvons plus compter uniquement sur l’aide publique : les nouvelles CDN doivent devenir des portefeuilles d’investissements bancables, à travers l’Article 6 de l’Accord de Paris, la finance mixte, et une voix mutualisée face au Fonds Vert pour le Climat. Le temps des projets isolés est révolu.

Dans cette marche, le Sahel n’est pas seul. Qu’il me soit permis de saluer et de remercier chaleureusement nos partenaires multilatéraux et bilatéraux, qui se distinguent par la sincérité et la constance de leur engagement à nos côtés, dans la quête d’une résilience et d’un développement durable et prospère pour notre région. Leur accompagnement ne se mesure pas seulement en ressources mobilisées, mais en confiance investie. Nous les invitons à consolider ce partenariat exemplaire, dans le respect des priorités que nos États ont eux-mêmes définies, afin que l’appropriation nationale et l’appui international se renforcent mutuellement.

Comme nous le rappelle Nelson Mandela : « Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce que ce soit fait. » L’édification d’un Sahel vert et résilient est à notre portée, pourvu que notre unité technique reflète notre unité politique.

Chers Experts, Distingués Points focaux,

C’est dans cet esprit que la CCRS a pris l’initiative d’organiser le présent atelier. Et c’est à vous que revient la charge la plus lourde, et la plus noble. Cet atelier sera jugé non pas à l’aune de nos débats, mais de nos livrables. D’ici trois jours, nous devons produire deux outils concrets : le Plan d’Actions de la Plateforme régionale des Points Focaux CDN, et celui de la Plateforme des Autorités Nationales Désignées au Fonds Vert Climat.

Vous n’êtes donc pas ici pour rédiger des recommandations. Vous êtes ici pour signer des feuilles de route. Vous êtes les architectes du bouclier climatique du Sahel. Qu’il me soit permis de vous inviter à faire preuve d’audace, d’innovation et de pragmatisme.

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs,

Pour conclure, je voudrais invoquer la sagesse de notre continent : « La terre n’est pas un don de nos parents, c’est un prêt de nos enfants. »

Gardons ce regard de nos enfants fixé sur nous durant nos délibérations. Avec l’appui de nos partenaires, à qui nous réitérons notre profonde gratitude, faisons en sorte qu’à l’horizon 2031, l’histoire retienne que c’est ici, à Niamey, que le Sahel a pris les rênes de son propre destin climatique.

Vive la coopération régionale et internationale, pour un Sahel souverain, résilient, stable et prospère !

Je vous remercie de votre aimable attention.

CCRSahel
CCRSahel
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