SOMMET AFRICAIN SUR LE CLIMAT (ACS2) – ÉVENEMENT PARALLELE – CCRS / OCDE
« Partenariats et financements innovants : accélérer le développement local par l’adaptation climatique au Sahel et en Afrique de l’Ouest »
Allocution de Son Excellence Monsieur Issifi Boureima, Secrétaire Exécutif de la CCRS
Son Excellence Monsieur le Commissaire du département de l’Agriculture, du Développement Rural, de l’Économie Bleue et de l’Environnement Durable de la Commission de l’Union Africaine,
Madame la Directrice régionale du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE, Mesdames et Messieurs les éminents panélistes et participants,
Je voudrais commencer par exprimer ma profonde gratitude au gouvernement de la République fédérale d’Éthiopie pour l’hospitalité légendaire dont bénéficie ma délégation et moi-même au cours de cette mission. Je tiens également à féliciter le gouvernement éthiopien et la Commission de l’Union africaine pour la parfaite organisation de ce 2ᵉ sommet africain sur le climat, qui offre une occasion régionale pour promouvoir une diplomatie climatique cohérente et faire entendre la voix de notre continent dans l’agenda international.
Face aux défis climatiques qui s’aggravent et étouffent les efforts de nos pays pour leur résilience et leur développement durable, il est plus que jamais important pour notre continent de promouvoir des instruments et des mécanismes endogènes pour lutter contre le changement climatique. Cela est d’autant plus opportun dans le contexte actuel de recul du multilatéralisme.
Par conséquent, je salue l’idée de cette rencontre dont le thème est relatif à l’un des goulots d’étranglement de la lutte contre le changement climatique, à savoir la problématique du financement.
En effet, les pays du Sahel contribuent peu au changement climatique, mais sont parmi les plus vulnérables à ses effets. Selon le rapport de la Banque mondiale intitulé « L’Afrique face au changement climatique : défis et opportunités », les pays du Sahel sont particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, notamment en raison de leur dépendance à l’agriculture et à l’élevage.
Ainsi, malgré l’accès à certains fonds consacrés au climat, la mise en œuvre des Contributions Déterminées au niveau National (CDN) dans la région du Sahel reste largement sous-financée. Selon un rapport de l’OCDE paru en 2020, entre 2010 et 2018, les régions en proie à des tensions et à des conflits dans plus de la moitié des pays sahéliens ont reçu moins de financements pour l’adaptation au changement climatique que la moyenne des pays les moins avancés (PMA), soit entre 2 et 13 dollars par personne dans les États touchés par des tensions et des conflits, contre une moyenne de 18 dollars par personne dans les autres Pays les moins avancés.
Face à cette situation contextuelle, la présente rencontre nous paraît un cadre d’opportunités pour des échanges fructueux autour du thème : « Partenariat et financements innovants : accélérer le développement local par l’adaptation climatique au Sahel et en Afrique de l’Ouest ».
Sans vouloir orienter à priori les débats qui suivront, une série de pistes de réflexion nous paraît importante pour bénéficier d’une attention particulière.
En premier lieu, il sera essentiel de mettre en lumière des expériences de partenariats réussis en matière de mobilisation de financements climat, en analysant leur pertinence aux niveaux national, régional et continental. À ce titre, nous attendons particulièrement les contributions de l’Union africaine sur les questions de gouvernance et de coordination continentale, ainsi que de l’UEMOA et de la CEDEAO sur les dynamiques d’intégration régionale et la mise en cohérence des initiatives transfrontalières. Les institutions financières régionales, notamment la BAD et la BOAD, pourront partager leur expérience sur les mécanismes innovants de financement et sur les moyens d’assurer un meilleur accès des collectivités et acteurs locaux aux ressources disponibles.
Par ailleurs, il est tout aussi important de réfléchir aux cadres politiques, législatifs et réglementaires qui doivent être renforcés, aussi bien au niveau national que régional, pour garantir que ces financements soient effectivement dirigés vers les territoires et communautés les plus vulnérables.
Dans ce contexte, la question de l’inclusion se pose avec acuité : l’implication active des collectivités locales, des femmes et des jeunes sera déterminante pour la mise en œuvre, la gouvernance et la durabilité des actions climatiques. Le PNUD pourra éclairer ce débat à travers son expérience dans le renforcement des capacités locales et la promotion de modèles inclusifs de gouvernance climatique.
Enfin, il sera nécessaire de mieux cerner la perception et les attentes des acteurs locaux vis-à-vis des dispositifs actuels de financement, en interrogeant leur accessibilité et leur efficacité. Cela soulève la question de la mobilisation des ressources endogènes, et de leur articulation avec les financements internationaux mis en avant par la CEA et d’autres partenaires stratégiques.
Ces échanges devraient nous aider à identifier les conditions pour bâtir un système de financement mixte, durable et équitable, capable de répondre au déficit structurel de financement des actions climatiques dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest.
Je suis convaincu qu’avec la modération assurée par l’une des figures remarquables de l’agenda du financement de l’adaptation au changement climatique, Madame la Directrice du Club du Sahel et à la faveur de la participation des éminents panélistes et des personnalités invitées d’horizons divers, cette rencontre bénéficiera de débats fructueux et d’une synthèse cohérente, permettant d’identifier et de capitaliser des réponses concrètes pour une prise en charge durable de la problématique du financement des actions climatiques, particulièrement au niveau local au Sahel et en Afrique de l’Ouest.
Je vous souhaite plein succès pour la suite de cette importante rencontre et vous remercie pour votre aimable attention.