Excellences,
Mesdames et Messieurs les représentants des pays membres et pays partenaires du Sahel,
Chers partenaires techniques et financiers,
Distingués invités,
C’est pour moi un réel honneur et un grand plaisir de prendre la parole à cette occasion qui nous réunit aujourd’hui.
Je voudrais d’abord remercier chaleureusement la Commission économique pour l’Afrique (CEA) pour l’invitation adressée à ma délégation et à moi-même à participer à la 12ème édition du Forum Africain pour le Développement Durable, dont nous saluons vivement le succès de l’organisation. Je voudrais également remercier le Gouvernement éthiopien pour l’hospitalité légendaire dont bénéficient nos délégations respectives à Addis-Abeba, capitale politique de l’Afrique.
La présente rencontre, dont le thème est : « Consultations des partenaires : Construire ensemble un Sahel résilient et durable face aux chocs multiples », s’inscrit dans la dynamique de notre agenda global de plaidoyer pour un développement résilient et durable du Sahel, une région de notre continent fortement éprouvée par des défis sociopolitiques et environnementaux multiples, et cela, en dépit de son immense potentiel.
Je voudrais renouveler ma profonde gratitude à l’endroit de la CEA pour son engagement soutenu en faveur de notre cadre de coopération, dont l’initiative conjointe de cette rencontre est une parfaite illustration. Je salue également le Programme Alimentaire Mondial, l’un de nos partenaires stratégiques, pour son appui à la participation de la CCRS à cet important forum.
Mesdames et Messieurs, Chers partenaires,
Le Sahel est aujourd’hui l’une des régions les plus exposées aux effets du changement climatique. En effet, plus de 80 % de la population dépend directement de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche pour sa subsistance. Par ailleurs, plus de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, dans un contexte marqué par une forte pression démographique, avec près de 60 % de la population âgée de moins de 25 ans.
Mais en dépit de ce profil de vulnérabilité, le Sahel demeure une région d’opportunités, comme l’illustrent les points saillants suivants :
- Le Sahel figure parmi les régions au plus fort potentiel solaire au monde, avec une capacité estimée à 13,9 milliards de kWh par an (PNUD, juillet 2025), alors que la consommation mondiale est d’environ 20 milliards de kWh ;
- Le Sahel dispose d’un potentiel de 2 millions d’hectares de terres irrigables, alors que seules 3 % des terres cultivées sont irriguées (Banque mondiale, mars 2024) ;
- Le Sahel dispose d’un capital humain jeune et dynamique.
Ce sont là des atouts majeurs pour bâtir une trajectoire de développement résilient, à condition de mobiliser les investissements nécessaires et de structurer des réponses adaptées. C’est précisément dans cette perspective que la Commission Climat pour la Région du Sahel (CCRS) œuvre depuis le lancement de son processus d’opérationnalisation.
Mesdames et Messieurs, Chers partenaires et amis du Sahel,
Au cours de la période 2023 – 2025, la Commission a enregistré des avancées significatives, tant sur le plan institutionnel qu’opérationnel.
Sur le plan institutionnel, la CCRS s’est dotée de mécanismes de gouvernance cohérents, reposant sur des instances politiques (CEEG, RM) et techniques (GTC), ainsi que d’un Secrétariat Exécutif, principal organe chargé de la conduite opérationnelle et de la représentation auprès des partenaires et des parties prenantes. Le Secrétariat Exécutif est désormais pleinement opérationnel, avec des procédures internes structurées, un dispositif de suivi-évaluation renforcé et des capacités accrues de coordination. Parallèlement, l’opérationnalisation du Fonds Climat pour la résilience du Sahel a été enclenchée, avec l’adoption de ses textes constitutifs, l’élaboration de son manuel opérationnel et le lancement d’actions de plaidoyer auprès des partenaires.
Sur le plan opérationnel, la Commission a engagé la mise en œuvre de son Plan d’Investissement Climat pour la Région du Sahel (PIC-RS), qui constitue aujourd’hui le cadre stratégique de référence régionale, dont les CDN des pays sont les déclinaisons nationales. Deux principaux projets alignés sur ce plan sont actuellement en cours de mise en œuvre :
- Le Programme régional de renforcement de la résilience à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle au Sahel (P2RS), financé par la BAD à hauteur de plus de 220 millions de dollars et mis en œuvre en relation avec le CILSS dans 9 pays ;
- Le Programme de mise en œuvre des priorités régionales et nationales d’adaptation en Afrique centrale et de l’Ouest (PACO), financé à hauteur de 19,63 millions d’euros par la coopération allemande et mis en œuvre en relation avec la GIZ dans trois pays membres.
À ces projets s’ajoute un nouveau projet financé par la BAD à hauteur de 9,3 millions de dollars US : le Projet de résilience et d’adaptation des communautés et écosystèmes dans les zones humides des bassins versants du Sahel (RACE-Sahel), dont la mise en œuvre débute au 3ème trimestre 2026 dans quatre pays de la région.
Au-delà de ces projets, la Commission a structuré un portefeuille de projets régionaux et multi-pays représentant près de 2 milliards de dollars US à mobiliser à court et moyen termes, couvrant des thématiques clés telles que l’agriculture climato-intelligente, la transition énergétique, la maîtrise de l’eau, la résilience communautaire, l’autonomisation des femmes et des jeunes, l’entrepreneuriat vert et la sécurité climatique.
Je voudrais également rappeler que lors de la récente Réunion de coordination régionale sur le Nexus Climat–Eau–Énergie–Alimentation tenue le 26 avril en marge de ce forum en cours, la CCRS a présenté l’Initiative 4×5 Résilience Sahel comme son offre opérationnelle phare. Ce nouveau pacte d’engagement vise à promouvoir une transformation et un renversement irréversible de la tendance de la persistance des défis qui impactent le développement, la résilience et la stabilité du Sahel. Il porte 4 projets structurants, intégrés et interdépendants dont la mise en œuvre est prévue sur 5 ans pour un montant de 1,05 milliard de dollars.
La mise en œuvre de ces quatre projets, parfaitement alignés sur les priorités nationales et régionales et faisant partie du portefeuille de la CCRS, repose sur une approche de planification holistique et cohérente qui incarne le principe d’interdépendance à travers lequel chaque projet agit sur un maillon du Nexus Climat–Eau–Énergie–Alimentation, et l’efficacité de l’ensemble dépend du succès de leur mise en œuvre conjointe.
Cette Initiative 4×5 constitue par ailleurs le socle opérationnel de notre stratégie de valorisation du marché carbone promu avec l’appui de la CEA au bénéfice de la région du Sahel. Dans cette dynamique, la CCRS en relation avec la CEA vient de boucler une étude relative à la mise en place d’un registre régional de marché de carbone et son protocole harmonisé.
Les quatre projets de l’Initiative 4×5, par leur nature intégrée abordant plusieurs thématiques cohérentes restauration de terres, agroforesterie, énergie solaire décentralisée et gestion durable de l’eau produiront des réductions d’émissions mesurables et traçables. Ils alimenteront directement le registre régional du Sahel, permettant aux investisseurs de bénéficier de crédits carbone certifiés tout en finançant des actions à fort impact social et environnemental.
Ces ressources générées du marché de carbone constituent par ailleurs des opportunités de financements additionnels au profit des communautés et des autres acteurs.
Aujourd’hui, nous sommes en face de vous pour présenter cette initiative audacieuse qui incarne notre conviction sur le fait que le Sahel ne pourrait véritablement gagner le pari de sa résilience et son développement durable en finançant le silo. Il doit nécessairement s’orienter vers le financement du système, à savoir la promotion des actions synergiques et cohérentes à la faveur des projets structurants à fort impacts multiples (socio-économiques et environnementaux).
Je voudrais à cet égard remercier l’ensemble de nos partenaires avec qui nous partageons cette vision, en leur réitérant notre appel pressant pour un engagement soutenu et une adhésion effective en faveur de la mise en œuvre de cette Initiative 4×5 pour un développement résilient et prospère du Sahel.
La CCRS se réjouit dans cette perspective de l’engagement de la CEA notamment dans le cadre de l’opérationnalisation des instruments du marché régional de carbone qui constituent l’un des outils déterminants pour la mise en œuvre de cette initiative. En effet, selon une étude du World Economic Forum (décembre 2024), la région du Sahel présente un potentiel inexploité de 1,8 milliard de tonnes équivalent CO₂, représentant une valeur pouvant atteindre 28 milliards de dollars sur le marché volontaire du carbone.
Cela démontre une fois de plus que le Sahel n’est pas seulement une région éprouvée par des défis, mais qu’il dispose d’un potentiel d’opportunités porteuses d’investissements à fort impact, sur lesquelles peut s’appuyer sa construction en tant que région stable, résiliente et prospère.
Mesdames et Messieurs, Chers partenaires,
Je vous invite maintenant à découvrir, à travers la présentation qui va suivre, l’architecture de cette initiative phare pour laquelle la CCRS est résolument engagée et disponible pour toute forme de collaboration pour passer à l’action.
Je vous remercie de votre aimable attention !